DANS LA BRUME DES ÉCRANS … LA VEILLEUSE GARDE LE CAP

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Si je ne pouvais emporter qu’une chose au Paradis, ce serait un livre. Belle-Île-en-Mer est un éden rugueux hésitant entre la baie de Quiberon et le grand large. Il y a deux ans, Hélène Castagnez y ouvrait au coeur du village de Bangor une librairie/café/salon de thé. Un vrai bonheur pour les Iliens et les promeneurs a quelques pas de la côte sauvage. Face à l’école du village et non loin de la célèbre et délicieuse crêperie Chez Renée on y trouve un large choix de littérature, récits de voyage et d’aventure, sans oublier un large rayon pour les enfants. Rencontre avec une libraire passionnée qui s’est donné les moyens de réussir ce projet… épatant !

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’ouvrir une librairie dans un petit village au coeur de l’Ile ?

J’ai choisi de venir habiter à Belle-Île il y a 15 ans. Très vite, l’envie d’ouvrir un lieu mêlant des livres et un espace chaleureux de café-salon de thé, qui facilite les échanges, est née. Je ne me voyais pas créer ce café librairie ailleurs que sur cette île que j’aime. Bangor, légèrement à l’écart de l’agitation palantine, se trouve être le village parfait pour donner vie à ce rêve !

On sent que ce projet a été murement réfléchi. C’est votre première expérience de libraire ?

J’ai toujours aimé lire et être entourée de livres, visiter les librairies et les bibliothèques est depuis longtemps une de mes activités favorites ! Ensuite la route a été longue ! Ce projet a d’abord mûri lentement dans ma tête puis j’ai quitté mon travail pour suivre une formation de libraire et travailler dans plusieurs librairies sur le continent, aux quatre coins de la France. C’était, selon moi, nécessaire d’avoir une solide expérience de terrain, afin d’appréhender plus sereinement l’ouverture de ma propre librairie. Il a fallu ensuite trouver le lieu qui correspondait le plus à l’idée, très précise, que j’avais de « mon » café-librairie !

Sur l’île, les locaux commerciaux sont souvent chers ou bien trop petits ou mal situés. Cela a pris 4 ans (et quelques déceptions) et j’ai finalement tout à fait par hasard découvert que la pizzeria de Bangor était à vendre ! Je cherchais un lieu me permettant d’avoir une surface suffisante pour la librairie mais aussi un espace pour le café, une terrasse par exemple.

Pourquoi avoir choisi Bangor qui n’est pas le village le plus passant de l’Ile ?

Je crois que justement c’est cela qui fait la force de La Veilleuse. Je souhaitais un lieu un peu à l’écart des chemins touristiques denses, et qui vive à l’année. Bangor est un village qui, grâce à la crèche, l’école ou encore l’épicerie et le bar Le Cabestan, est fréquenté par les insulaires, été comme hiver. Cela me permet de garder la librairie ouverte toute l’année. D’autre part, cet emplacement correspond bien à l’identité d’un café librairie cosy, comme un nid un peu caché !

L’été Belle Ile est très fréquenté, mais l’hiver l’Ile ne compte qu’environ 5.000 habitants et il y avait déjà des librairies à Palais. Cela ne vous a pas inquiété ?

Je pense qu’il y a vraiment un espace pour chacun. Les clients ne sont pas les mêmes, ou alors ne viennent pas chercher tout à fait la même chose, ni au même moment. Bangor est central sur l’île, certains insulaires prennent peut-être davantage le temps de s’arrêter dans un bourg plus petit et où l’accès est facile ? Le modèle économique de beaucoup de commerces de l’île, et la Veilleuse n’y coupe pas, est que l’activité est réduite l’hiver de toute façon ! Ouvrir l’hiver m’est permis par la forte affluence de l’été, et à ce moment-là, il y a vraiment la place pour plusieurs librairies !

Vous avez mixé l’activité de Libraire avec celle de Café/ Salon de thé ? C’et pour des raisons économiques ou il y a une autre raison ? Les clients du café sont-ils curieux de la librairie et inversement ?

Oui, de manière générale, la plupart des clients profitent à la fois du café et de la librairie. Au départ, je souhaitais vraiment un lieu qui puisse marier les deux car je pense que d’une part la terrasse et le salon de thé apportent un côté convivial, chaleureux à la librairie. Et d’autre part il n’y a pas de plus bel endroit pour prendre un café qu’entouré de livres ! Et de nombreux clients découvrent la librairie et se laissent tenter par un livre, ce qui n’était pas leur intention au départ. On rentre parfois plus facilement dans un café que dans une librairie ! Economiquement, la marge sur le livre étant assez faible, il est nécessaire pour que l’entreprise soit viable à l’année d’y associer l’activité de café.

Comment choisissez- vous l’offre éditoriale de la Librairie dans un espace restreint alors que des milliers de livres sortent chaque mois ?

La Veilleuse compte 3.200 titres pour une offre éditoriale effectivement immense ! J’ai aménagé au départ les différents espaces la librairie en fonction des domaines qui me sont chers et dans lesquels je me sens à l’aise. Pour chaque rayon, Jeunesse, Littérature, Bandes-dessinées, je reçois en amont toutes les sorties à venir et je choisis selon mes goûts, la confiance que je fais à certains auteurs ou maisons d’édition ; puis au quotidien selon mes lectures personnelles, les conseils de certains clients, amis et aussi grâce à la lecture ou à l’écoute de critiques littéraires. Cela n’empêche pas de se tromper parfois !

Quels genres d’ouvrages aimez-vous « pousser » ? Avez-vous un domaine d’expertise particulier ?

J’aime beaucoup les ouvrages pour la Jeunesse, je trouve une sensibilité, une variété dans la forme, que je trouve absolument fabuleuse. Les premiers livres accompagnent les plus jeunes de façon très marquée parfois, ce sont des livres dont on se souvient et que l’on peut relire encore et encore, même adulte ! A l’adolescence, la lecture peut ouvrir sur un monde véritablement merveilleux, mais aussi permettre de connecter avec de nouvelles sensations, de se sentir moins seul. J’ai tenu également à avoir un rayon « nature et environnement » assez étoffé, riche en ouvrages sur le jardin, la permaculture ou encore l’écologie, car je constate que ce sont des sujets auxquels les insulaires comme les visiteurs sont particulièrement sensibles en étant à Belle-Île.

Hélène la veilleuse

Quel est le profil de vos clients à la Librairie ? Vous sentez-vous investie d’une mission de défense de la lecture ?

La clientèle de la Veilleuse est très variée, il y a des élèves bellilois et leurs parents, des randonneurs cherchant le réconfort d’une boisson fraîche après la marche, des résidents secondaires, des solitaires venus prendre une pause, des familles en vacances qui font le plein de cookies, d’albums pour enfants ou de romans… Je n’ai pas l’expérience suffisante pour me sentir investie d’une quelconque mission ! J’espère juste permettre à toutes les personnes qui passent par la Veilleuse de trouver LE livre qui leur fera ressentir profondément le plaisir de lire. Et oui, je l’espère, faire préférer aux plus jeunes un bon livre plutôt qu’un écran.

Vous faites des concerts, des rencontres, des signatures… quelle est votre « stratégie » pour animer le lieu ?

Depuis l’ouverture il y a deux ans, les animations se sont mises en place de façon très naturelle, au gré des rencontres. La seule stratégie est d’en faire un lieu vivant toute l’année, qui permette de découvrir de beaux artistes, des écrivains talentueux, pour des moments enrichissants et chaleureux. L’hiver, les soirées contes avec les conteuses de L’Usage du Monde sont une parenthèse enchantée, et font si bien écho aux « veillées » d’antan — pendant lesquelles on écoutait tant d’histoires – qui ont inspiré le nom de la librairie.

Vous avez un vaste rayon enfants… pourtant on dit que les enfants ne lisent plus… Un combat ?

La pression des écrans est grande, c’est certain ! Pourtant, nous retrouvons presque tous les jours des enfants assis par terre à lire dans le coin enfant pendant que leurs parents sont en terrasse, donc le livre a encore un vrai pouvoir… J’essaie d’avoir une offre éclectique, composée à la fois de choix personnels, car je passe beaucoup de temps à sélectionner les ouvrages (et à les lire à mon fils !) et de conseils des jeunes lecteurs de la librairie, que j’écoute avec attention pour rester au fait de ce qui leur plaît. Je pense qu’il est essentiel de continuer à proposer, dès le plus jeune âge et peu importe le biais, une multitude de livres chouettes qui leur donneront envie de poursuivre l’aventure de la lecture plus tard.

L’avis d’un client : Cet endroit est un petit miracle. Quel plaisir de venir y fureter des ouvrages soigneusement sélectionnés dans un environnement chaleureux et convivial. C’est un rayon de soleil l’hiver et un refuge l’été. Les enfants s’y précipitent en sortant de la petite école en face et en oublieraient presque leurs écrans ! On y commande le livre qu’on veut et on l’attend un peu. On revient le chercher… une occasion de découvrir d’autres tentations, pourquoi pas un délicieux cookie. C’est tout de même plus intense que le paquet jeté dans la boite aux lettres.

Ernest – chef d’entreprise

Les choix de la libraire

Nous avons demandé à Hélène Castagnez de nous conseiller un livre épatant pour l’été et un autre pour les enfants…

On était des loups de Sandrine Collette.

Le narrateur, Liam, homme des bois et trappeur, a décidé de vivre à l’écart du monde des humains. De retour après une journée de chasse, il découvre sa compagne tuée par un ours, dont elle a juste pu protéger leur fils de cinq ans, Aru, qui a survécu. Liam ne sait pas quoi faire de cet enfant qu’il ne comprend pas et qu’il considère comme un poids pour vivre selon ses souhaits autarciques et misanthropes, un enfant qui lui rappelle sans cesse la mort de celle qu’il adorait. Va-t-il le garder auprès de lui, s’y attacher et l’inscrire dans sa vie, l’abandonner ou même pire ? C’est l’enjeu de leur chevauchée dans des grands espaces de forêts et lacs. Pour porter le cheminement de Liam, Sandrine Collette a choisi un long monologue à la langue primitive et viscérale. Les phrases sont rugueuses, très peu ponctuées. L’écriture épurée de l’autrice surligne la force émotionnelle qui se dégage du récit, ce qui rend la lecture intense. Un roman sur le deuil et sur la paternité qui invite à suivre les pas d’un homme sur le chemin montagneux qui le conduira vers son humanité.

On était des Loups : 192 pages – Éditions J.-C. LATTÈS – 19,90 €

Maman, moi et notre arbre de Tanya Ros et Chuck Groenink.

C’est une petite douceur qui sent bon l’herbe coupée après une averse, l’odeur d’une bonne tarte aux fruits qui embaume la maison ou celle des bras de maman lors d’un câlin ! Chaque année, une petite fille et sa maman se lèvent aux aurores afin de partager leur rituel : savourer une journée d’été près de leur arbre, pique-niquer, cueillir des mûres et en faire une tarte. Un album cartonné aux bords arrondis qui rappelle de doux souvenirs d’été, dont les effluves de senteurs sucrées s’en dégagent immédiatement. Un sublime album empli d’amour, de douceur et de tendresse ! Un énorme coup de coeur qui met à l’honneur la relation mère/fille et les petits bonheurs simples de l’enfance.

Maman, moi et notre arbre : Éditions Milan – 10,90 €

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