MARYSE BURGOT : « JE NE SUIS PAS UNE HÉROÏNE, JE SUIS REPORTER DE GUERRE »

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Visage familier de France Télévisions, Maryse Burgot mène une riche carrière.  De Washington à l’Ukraine en passant par l’Afghanistan, elle exerce son métier de correspondante de guerre avec professionnalisme et humilité. L’irruption du conflit russo-ukrainien a ramené la journaliste sur les zones de conflits. Rencontre avec une reporter constamment exposée à l’horreur et au danger. 

 

Rien ne prédestinait Maryse Burgot au métier de reporter de guerre. C’est avant tout une journaliste passionnée, autant par ce qu’il se passe en bas de sa rue qu’à l’autre bout du monde. C’est finalement le hasard de ses missions qui l’a amenée à se spécialiser dans ce domaine. Une femme qui risque sa vie, une femme qui assiste à la guerre, on ne peut que souligner son courage et sa résilience. Mais la reporter se définit à contre-courant de cette représentation : « Une guerrière ? Je suis tout le contraire d’une guerrière. Une héroïne ? Pas du tout non plus. D’ailleurs, je ne suis pas plus une héroïne que les hommes qui couvrent. Les héros de notre quotidien, ce ne sont pas les journalistes. Lorsque je pars en mission, j’ai un salaire, j’y reste trois semaines, ensuite, je retrouve ma petite maison. Les héros sont ceux qui, bénévolement, font ces choses ».

Si elle se considère comme étant l’inverse d’une héroïne, elle reconnaît cependant les risques du métier. Les conflits armés se jouent sur des terrains hostiles et imprévisibles. Couvrir cette actualité demande d’être au plus proche du front, donc au plus proche du danger. Maryse Burgot, elle, demeure prudente, toujours accompagnée d’un caméraman, un fixeur et un monteur. « On décide ensemble si on avance ou si on recule. Le but, c’est quand même de faire en sorte que toute l’équipe revienne saine et sauve. Mais il y a toujours une part de hasard que l’on ne maîtrise pas ».

Ce hasard, elle y a fait face plusieurs fois. En 2000, Maryse Burgot est retenue en otage pendant deux mois à Jolo, aux Philippines. Cette expérience, elle refuse d’en faire un sujet. Et surtout elle insiste sur le fait qu’elle n’a altéré à aucun égard son appréhension du métier. « Lorsque je suis revenue, j’ai décidé de ne pas en parler. Je n’ai pas écrit de livre ou fait de témoignage sur ma détention, je ne voulais pas être réduite à cela. Ma victoire sur ceux qui m’ont injustement prise en otage, c’est d’avoir continué mon métier exactement comme je le faisais auparavant. C’était un moment difficile mais il ne m’a pas brisée, bien au contraire ». 

Finalement, les aléas du terrain ne se réduisent pas au risque de mourir ou d’être otage. Maryse Burgot insiste davantage sur la pression qu’il y a pour trouver un sujet pertinent et parvenir à couvrir dans la mesure du possible. Elle raconte la difficulté qu’elle a eu à obtenir des autorisations pour suivre les soldats combattants en Ukraine. En Haïti, lors du tremblement de terre, elle décrit le début de la gangrène, les centaines de gens laissés à l’abandon, non soignés. Puis le tsunami en Indonésie, près de Banda Aceh : elle se souvient des centaines de corps morts gisant sur le sol. « Dans ces moments-là on se sent impuissant, on se dit même parfois que c’est impossible de filmer une telle horreur ». 

 

 

 « Les états d’âme sont réservés aux victimes, pas aux journalistes. »

 

 

On suppose que la plus grande difficulté pour un correspondant de guerre serait la capacité à garder son sang-froid face à l’horreur de ce qui se déroule sous ses yeux. Pour Maryse Burgot, ce n’est pas un exercice difficile, malgré la violence de la situation : « Le bombardement de la gare de Kramatorsk m’a sidérée. Je suis arrivée cinq minutes après, et j’ai vu un amas de ruines, un certain nombre de morts et de blessés : c’était une scène de guerre comme on en voit rarement dans sa carrière. » Le 8 avril 2022, une frappe de missile a ravagé la gare de Kramatorsk pendant que des civils ukrainiens tentaient de fuir cette région pour échapper à l’offensive russe. « J’ai été frappée par cette image car je connaissais bien cette gare, je l’avais vu bondée les jours précédents. Ça m’a évidemment émue. Mais ça n’a duré que quelques secondes. Dans ces cas-là, je garde mon sang-froid parce qu’il faut travailler et que le moins que l’on puisse faire c’est de bien couvrir l’événement. Je ne m’accorde pas le droit d’avoir des états d’âme. Les états d’âme sont réservés aux victimes, pas aux journalistes. Je ne moufte pas, je fais mon travail et je ne me plains pas. J’ai accepté d’y aller donc je refuse de dire que je suis choquée. »  

Son quotidien est marqué par des rencontres, souvent  bouleversantes. Depuis le début du conflit, elle s’est rendue en Ukraine à six reprises. La reporter exprime l’attachement qu’elle a pour les gens qu’elle a suivis et ceux avec qui elle a travaillé. 

« J’ai envie d’y retourner parce que je souhaite revoir certaines personnes et parce que la situation des Ukrainiens est en train de changer. Ils avancent, ils vont sans doute reprendre le Sud. » Depuis le mois de septembre, les soldats ukrainiens mènent une contre- offensive sur plusieurs fronts et affirment avoir repris 400 km2 de territoire dans le sud du pays. « Ce qu’il y a de particulier avec cette guerre, c’est qu’il y a un pays agresseur et un pays agressé ; alors quelque part, on a envie de continuer à suivre les Ukrainiens qui sont tellement résilients et combattants dans cette histoire. »

Là-bas, son dernier sujet portait sur les mutilés de guerre, elle raconte l’histoire poignante d’un couple d’Ukrainiens : « J’ai fait la connaissance d’un couple d’une soixantaine d’années. Leur ville avait été bombardée par les Russes, il ne restait plus qu’eux dans le village. L’épouse avait perdu sa jambe, son mari l’a conduite à l’hôpital sous les bombardements. Il l’a sauvée en lui posant un garrot. Je les ai rencontrés deux mois après qu’ils aient traversé tout ça. J’ai été bouleversée par la façon dont ils racontaient leur histoire et l’amour qui s’en dégageait. Rien que pour eux, je veux y retourner ! »  

Le travail de Maryse Burgot et son équipe au sein du territoire ukrainien défend plus que tout le rôle essentiel des journalistes dans un tel conflit. Leur présence y est primordiale pour rendre compte d’une réalité niée par les forces et les propagandes russes. Bien que Maryse Burgot dénie réaliser tout acte héroïque, elle admet volontiers que ce conflit a, d’une certaine façon, réhabilité le rôle des journalistes : « Je fais ce métier depuis longtemps et je n’entendais pas autant d’encouragements toutes les cinq minutes. Pourtant, en Syrie, en Irak, on faisait la même chose. Mais il n’y a avait pas autant d’empathie qu’il y a aujourd’hui. C’est comme si soudain les gens prenaient conscience de quelque chose. »

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