RALA CHOI, CAPTURER LA MÉLANCOLIE

/
10 mins read

Lauréat du grand prix du festival de Hyères en octobre dernier (festival international de mode, de photographie et d’accessoires), Rala Choi, photographe séoulien ayant déjà fait ses preuves en Corée, commence tout juste à se faire remarquer à l’international. Rencontre avec un artiste au style subtil reconnaissable parmi mille.  

 

Ses photos minimalistes aux couleurs vives et saturées dégagent une extrême délicatesse qui intrigue. Les personnages sont de dos, cachés, comme détenteurs d’un secret. Son œuvre est une série de sans-visages tous plus mystérieux les uns que les autres. Photographe de 35 ans basé à Séoul, Rala Choi capture une émotion du corps, un instant d’intimité, une atmosphère floue. Son dernier projet en date : l’énigmatique « People’s Back » (« le dos des gens ») qui lui aura fait remporter le Grand Prix du Jury Photographie, ainsi que du Prix du Public lors du dernier Festival de Hyères. 

Au collège, il est fasciné par le cinéma. Son premier choc esthétique a lieu devant Mauvais Sang de Leos Carax, qui l’obsèdera longtemps encore. Il passe toute son enfance à la campagne en Corée du Sud, avec un sentiment d’extrême solitude et d’isolement. Il affirme que ce sont ces sentiments de jeunesse qui le poursuivent et s’expriment dans ses photos. À 18 ans, il est réquisitionné pour faire son service militaire et parvient à se trouver un rôle qui lui convient : celui de photo-reporter. C’est ainsi que se déroule sa rencontre avec ce qu’il nomme son « partenaire de vie » et qui ne le quittera plus : l’appareil photo. 

En sortant de l’armée, Rala Choi abandonne la photo numérique pour l’argentique. Fasciné par le procédé aléatoire de la pellicule, il tombe amoureux de l’authenticité et du hasard inhérents à cette pratique, jusqu’à presque en devenir un puriste. Commençant avec des créations flashy et très colorées, il rend petit à petit son art plus épuré et minimaliste. Il apprend à se connaître et se construit précautionneusement un style reconnaissable parmi mille. 

Il s’inspire des peintres qu’il admire : Matisse, Gustave Moreau, Georgia O’Keeffe… et Edward Hopper, dont il aime particulièrement le côté sombre, essentiel à sa création. « Comme Hopper, je me pose des questions existentielles, je me demande comment vivre dans ce monde et ce que je crée est systématiquement mélancolique. Je me retrouve beaucoup dans son art ». 

À vingt ans, il fait face à un traumatisme (il n’en précise pas la nature) dont il tente de parler à ses proches sans y parvenir. Il se dit que sûrement nombreux sont ceux qui se trouvent dans des situations similaires et organise une série de prises de vue avec des inconnus ayant répondu à son annonce sur Instagram. Quand il les reçoit, il raconte d’abord son histoire puis écoute la leur, juste avant de les prendre en photo.
« Après s’être confiés, on avait une connexion particulière qui me permettait d’obtenir une matière photographique interessante. Je pouvais sentir leurs émotions et ainsi les capturer. » Il décide de photographier leurs dos pour garder le mystère de leur expression faciale. « Je ne saurai jamais quel visage ils ont eu dos à moi après cette conversation intense et profonde. » Rala Choi ne garde que l’émotion du corps et la vulnérabilité. Selon lui, c’est le fait d’être un inconnu pour tous ces gens qui les a fait se révéler. Ces clichés, débordant de poésie, se confondent presque avec des peintures. 

 

Her, Rala Choi

 

UNE EXPOSITION EXCLUSIVE À LA SHERIFF GALLERY 

 

Nouveau partenaire officiel du festival de Hyères, Sheriff Projects (maison de production créative délivrant principalement à des marques de mode et de luxe des services de post-production visuelle) a offert une dotation à l’occasion de l’événement avec Kitten (agence de production photo) : une exposition exclusive du lauréat dans sa galerie rue de Turenne. Zoom sur Sheriff Projects, une entreprise souhaitant aider les jeunes artistes et donner de la visibilité à ceux qui en manquent.

 

Épatant : En quoi consiste votre dotation au festival de Hyères ?

David Frasson, CEO : On a proposé au festival d’offrir l’exposition du lauréat au Palais de Tokyo le temps d’une soirée privée, puis de transférer l’expo à la Sheriff Gallery. Nous exposons également une exposition à la mention spéciale, cette année Adeline Care, le même soir que Rala Choi au Palais de Tokyo. 

C’est durant le festival que vous avez découvert le travail de Rala Choi ?

Oui, tout à fait. Certaines personnes de mon équipe le connaissaient déjà mais je n’en avais jamais entendu parler. Rala Choi est très connu en Corée, il ne commence que maintenant à se faire réellement connaître à l’international. Il vient de nous nommer en tant que sa société de postproduction Europe officielle ainsi que pour tous les tirages ; nous sommes ravis !

Vous avez par ailleurs toute une démarche d’accompagnement des jeunes artistes chez Sheriff
Projects.

Oui, on travaille énormément avec des photographes qu’on accompagne très tôt dans leurs projets personnels, sur ce qu’ils font en dehors de leurs travaux commerciaux. Nous leur proposons tous nos services gravitant autour de la création d’image : les infrastructures, les studios, le matériel, les équipes de retouche, etc. Nous leur permettons d’y accéder généralement gratuitement. 

Vous avez également de nombreux projets plus ou moins associatifs et engagés. Est-ce une manière de donner du sens à votre entreprise – à l’origine commerciale ?

Absolument. On organise des expositions accompagnées de group shows le premier soir autour de thèmes souvent environnementaux. Le premier portait sur le mycélium dans sa fonction souterraine collaborative permettant aux arbres de s’échanger des messages et d’avertir des dangers. On a fait également toute une exposition autour des abeilles. Tout ça permet de laisser la place aux gens de mieux comprendre ces sujets, selon leur sensibilité, avec une approche nouvelle. On s’engage aussi sur des projets associatifs, notamment avec 0-93 lab qui vise à former les jeunes de banlieue aux métiers du design. 

Dans le même esprit que votre exposition pour l’Ukraine au début de la guerre.

Oui, on a fait une levée de fonds avec l’ancienne rédactrice en chef du Vogue Ukraine et organisé une grande exposition. On a sollicité de nombreux artistes photographes ayant réalisé des travaux en Ukraine et une soixantaine ont fait don des droits de leurs photos pour qu’on puisse vendre leurs tirages. On a levé presque 60 000€ en une soirée, c’était une initiative géniale ! 

 

EXPOSITION DU 13 JANVIER AU 25 FÉVRIER À LA SHERIFF GALLERY (53 Rue de Turenne, 75003 Paris).

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Previous Story

L’ÈRE DE L’HOMME SIMS : La médecine esthétique, phénomène de mode ou modèle de société ?

Next Story

MARYSE BURGOT : « JE NE SUIS PAS UNE HÉROÏNE, JE SUIS REPORTER DE GUERRE »

Latest from Blog

0 0,00