Les oeuvres d’Alexandre Beridze sont visibles à la galerie Vieceli à Cannes et à Paris
Les oeuvres d’Alexandre Beridze sont visibles à la galerie Vieceli à Cannes et à Paris

PEINDRE AUJOURD’HUI… FACE AUX IA

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Alexandre Berdize est un peintre contemporain d’origine géorgienne, né à Leningrad en 1975. Petit-fils du peintre Feodor Kholvenkov, Alexandre Beridze a fait ses études aux beaux-Arts de Tbilissi en Géorgie. Il vit et travaille en France depuis plus de vingt ans.

EP – Comment un peintre contemporain perçoit-il l’irruption des IA dans l’univers graphique et créatif ?

AB – La civilisation d’aujourd’hui se développe de manière très dynamique. Il y a quelques années encore, lorsqu’on parlait d’IA, chacun imaginait un avenir lointain, incertain. Pourtant, ce moment est venu. Nous voici face à face aux IA qui envahissent notre vie quotidienne. Elles font même des diagnostics médicaux et beaucoup de gens font plus confiance au résultat de l’IA qu’à la prédiction de leur médecin personnel ! J’observe la même chose dans l’univers visuel. Je crois que la publicité et le graphisme sont des domaines où l’IA peut se révéler utile et compétente… Mais même dans ces conditions, il ne faut pas oublier que l’IA n’est qu’un « outil » et, aussi utile soit-il, pas une idée en elle-même. Car avant de répondre à ces questions, nous devons réfléchir à ce que sont fondamentalement une œuvre d’art et son processus créatif. L’art, et plus encore l’art abstrait, pour moi, c’est d’abord tout ce qui touche à l’énergie et aux émotions, aux expériences du créateur, à son monde intérieur.

EP – La puissance des IA vous impressionne-t’elle ?

AB – Les IA emmagasinent des connaissances, puis les utilisent. La connaissance détourne de plus en plus du but principal, de l’idée principale. Plus nous en savons, moins nous en savons. Si, par exemple, nous allons en profondeur, cela nous empêche de voir large. L’art est nécessaire pour qu’une personne s’élève spirituellement, s’élève au-dessus d’elle-même, en utilisant son libre arbitre. En définissant ainsi le sens de notre existence, je crois que l’art devrait aider une personne dans son développement spirituel, à changer, à grandir.

Il faut aussi évaluer le rôle de l’instinct du créateur. Il ne sait pas pourquoi exactement au moment où il fait ceci ou cela. L’IA, comme vous le comprenez, n’a pas d’instinct. Pour moi, la mission de l’art est aussi de résoudre les crises spirituelles qui sévissent dans le monde entier. Il faut que quelque chose dans la société stimule le développement spirituel personnel, nous aide à définir notre identité et notre différence. À cet égard, il me semble que l’IA n’est pas capable aujourd’hui de « maîtriser » de telles hauteurs spirituelles, des concepts tels que les sentiments, les émotions, la spiritualité. Et donc il me semble que l’IA a un impact sur la création, certes, mais ne remplacera pas l’essentiel du processus créatif ou de l’art, qui restent basés sur les expériences personnelles de l’auteur. Cependant, la position des artistes n’est pas forcément univoque. Voilà d’ailleurs ce que conclut une IA lorsqu’on lui pose la question : « En fin de compte, la relation entre l’IA et les artistes est complexe et en évolution constante. Certains artistes peuvent se sentir menacés ou préoccupés, tandis que d’autres peuvent voir l’IA comme un outil stimulant et inspirant. Il est important que chaque artiste explore et décide par lui-même comment intégrer, adopter ou réagir aux avancées de l’IA dans son propre processus créatif ». Vous voyez ? C’est une réponse qui est, au fond, finalement assez similaire à mon propre raisonnement (rires).

EP – Croyez-vous au potentiel de « l’artiste augmenté » ou pensez-vous que les IA vont banaliser les images ?

AB – Il faut considérer l’IA comme une méthode, un outil supplémentaire. Et de ce fait, il me semble qu’une légère banalisation de l’image va inévitablement se produire, puisque l’IA est guidée par la logique et l’optimisation du processus, ce qui en fait un des tout premiers ennemis de la créativité et du processus créatif. Vous ne pouvez pas utiliser la pensée rationnelle pendant le processus de création. Pour moi, ces choses sont complètement incompatibles, ce qui nous montre une fois de plus qu’un véritable artiste qui ne cherche pas une voie, ni une technique, ni une méthode, mais une idée-pensée, ne peut pas se soucier de l’offensive dynamique de l’IA. Je pense que le produit de la pensée humaine ne peut pas rivaliser avec la Pensée elle-même.

EP – Quel projet pourriez-vous imaginer développer avec l’aide d’une IA ?

AB – Comme j’utilise beaucoup le graphisme et la géométrie dans mes tableaux, peut-être qu’un jour je serai tenté de faire le fond du tableau avec l’aide de l’IA. Pourquoi pas ?

Propos recueillis par Arthur Atlas

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