PRINCESSE HAIFA ABDULAZIZ AL MUQRIN : « RELANCER L’ÉCOSYSTÈME CULTUREL EN ARABIE ! »

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Bien que ce soit encore (trop) peu connu, l’Arabie Saoudite regorge de ressources culturelles et artistiques. Elle a été l’un des membres fondateurs de l’UNESCO et la Princesse Haifa Abdulaziz Al Muqrin est élue à la tête d’un des comités. Quel est le rôle des femmes dans ce renouveau et comment ouvrir le paysage culturel de l’Arabie à l’international ? Rencontre avec la Princesse Haifa Abdulaziz Al Muqrin.

 

ÉPATANT : L’Arabie saoudite traverse-t-elle une « épiphanie culturelle » ?

 Haifa Abdulaziz Al Muqrin : Je ne parlerais pas d’épiphanie, mais plutôt de « renaissance culturelle » : les siècles d’histoire dont le Royaume a été le témoin font suite à des milliers d’années pendant lesquelles notre pays fut un lieu de rencontre de différentes civilisations. Forte de cette immense histoire, l’Arabie saoudite s’engage aujourd’hui dans un cheminement considérable pour relancer l’écosystème culturel. Notre tâche est monumentale : préserver et promouvoir la culture et le patrimoine du Royaume afin de dépasser nos frontières, et ainsi toucher le monde entier.

 

La revitalisation du secteur culturel a pour objectif de répondre à l’ambition de Vision 2030 et positionner le potentiel saoudien comme élément clé du développement national. Des succès importants ont marqué l’année 2019 : plus de 5 000 livres ont été traduits en arabe, 161 romans saoudiens ont été publiés, 11 universités saoudiennes ont proposé des programmes de création de mode, 101 films ont été produits en Arabie saoudite, 300 prix internationaux remportés par le théâtre, 255 expositions artistiques ont été réalisées avec succès, huit projets saoudiens ont remporté le prix international Aga Khan d’architecture et six biens culturels saoudiens ont été intégrés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

Le soft power est-il l’avenir de la diplomatie ?

 Je pense que le soft power a toujours été partie intégrante de la diplomatie. Grâce aux programmes et à la plateforme que constitue l’UNESCO à Paris, j’ai pu constater l’immense pouvoir de la culture en tant qu’outil facilitant la compréhension entre les peuples.

 

Notre objectif est de faire découvrir les multiples facettes de la culture saoudienne à ceux qui ne savent pas que l’Arabie saoudite ne se résume pas seulement au pétrole et au désert. C’est un magnifique kaléidoscope : profond, coloré, passionnant et envoûtant…  Un exemple qui me tient à cœur est la récente inscription de la calligraphie arabe sur la liste du patrimoine culturel immatériel, obtenue grâce à la constitution d’un dossier de candidature sous l’égide de l’Arabie saoudite avec 15 pays du monde arabe. Cette réussite illustre la capacité de la diplomatie culturelle à créer des ponts entre les nations et les peuples.

 

Quel est le rôle des femmes dans ce
renouveau culturel ?

 C’est une question qui me semble fondamentale. On ne peut pas dissocier le renouveau culturel que traverse l’Arabie saoudite des changements sociétaux que traverse le peuple saoudien. L’un de ces changements réside dans le fait que 20 % des sièges du Conseil de la Choura (l’Assemblée consultative d’Arabie saoudite) sont occupés par des femmes. Dans la sphère professionnelle, les choses évoluent également : de 19 % en 2016, nous sommes passés à 33 % de participation féminine dans la main-d’œuvre du Royaume à la fin de 2020. Nous voyons plus que jamais des ambassadrices, des officiers de police et des PDG femmes.

Les femmes jouent un rôle essentiel dans le développement de l’Arabie saoudite. Personnellement, je suis surtout enthousiasmée par leur production culturelle dans l’art, le journalisme, la littérature, et même l’art culinaire. Elles ont désormais les moyens, tant sur le plan social qu’économique, de subvenir à leurs besoins.

 

Quel est le rôle de l’Arabie Saoudite au sein de l’UNESCO ?

Notre message central est le suivant : le royaume d’Arabie saoudite est un joyau culturel et patrimonial, et nous sommes prêts à partager cela avec le monde. L’Arabie saoudite a été l’un des membres fondateurs de l’UNESCO en 1946. Depuis lors, nous nous sommes engagés à promouvoir l’éducation, la science et la culture afin de « construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes ».

Nous sommes aujourd’hui membres du Conseil exécutif, du Comité du patrimoine mondial, du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et de nombreux autres organes de l’UNESCO. Nous participons de manière significative à toutes les plateformes de l’UNESCO afin de faire avancer son mandat et d’atteindre ses objectifs.

 

Pourquoi est-il essentiel pour la culture saoudienne d’être ancrée dans une histoire aux racines anciennes ?

 À un tel moment charnière de l’évolution du Royaume, maintenir des liens avec notre passé est essentiel. Cet attachement au passé nous a permis de nous lancer dans un vaste et ambitieux projet de réforme et de développement. L’un des objectifs de ce plan est d’ouvrir le Royaume, notamment sur le plan culturel. L’histoire ancienne de l’Arabie saoudite s’illustre dans ses six sites de l’UNESCO : l’oasis d’Al-Ahsa, la plus grande oasis autonome du monde ; Al-Hijr, où se trouvent les tombeaux nabatéens de la civilisation passée ; Diriyah, la première demeure de la famille royale saoudienne, qui témoigne du style architectural Najdi ; Hima, l’un des plus grands complexes d’art rupestre au monde ; la Djeddah historique, où l’on peut trouver des maisons de 500 ans construites en corail ; et Hail, ornée d’inscriptions remontant à au moins 7 000 à 9 000 ans, à la période néolithique de la poterie.

 

Quels sont vos engagements en tant que femme pour le Royaume ?

Je crois, en tant que femme, que mon devoir est de m’engager en faveur de l’égalité des sexes et de contribuer à donner aux autres femmes les moyens de s’émanciper, et à tous les membres de la société, afin de garantir un avenir meilleur pour tous. Mon rôle est de travailler sans relâche pour renforcer les institutions, établir des ponts avec le monde et, surtout, être le modèle que notre jeunesse mérite.

 

Existe-t-il des passerelles culturelles entre la France et l’Arabie Saoudite ?

Oui, la relation entre nos deux pays est l’une des plus anciennes au monde puisqu’elle remonte à 1926. Il existe un lien très fort entre les Saoudiens et la France. De nombreux liens sont actuellement en place et la France contribue à des projets de grande ampleur. La mise en place de fouilles archéologiques conjointes, la coopération renforcée à de multiples niveaux – culturel, éducatif et artistique – l’exposition à l’IMA en 2019, et l’effort commun pour faire d’AlUla un site culturel internationalement reconnu, ne sont que quelques exemples du travail accompli par Paris et Riyad. Le nombre croissant d’échanges d’étudiants entre nos deux pays démontre la volonté de renforcer ces ponts culturels et nous continuons à travailler ensemble aussi étroitement que possible.

 

 

 Propos recueillis par Melchior

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